Comprendre la résistance de certaines bactéries pathogènes aux antibiotiques, pour améliorer l’efficacité des molécules antibiotiques ou en développer de nouvelles (Dr Maxime Pichon)

Antibiotiques

Contexte

La découverte des antibiotiques a constitué le plus extraordinaire progrès ayant permis de prolonger la durée de vie des Êtres Humains. Cette formidable innovation est aujourd’hui victime de son succès, de par l’émergence de l’antibiorésistance, problème mondial de santé publique (700 000 morts annuellement, soit près de 10 fois la ville de Poitiers, dont 5 543 en France). S’accélérant extrêmement rapidement depuis les années 2000, cette résistance menace notre mode de vie actuel, compromettant toutes les avancées effectuées par la médecine depuis un siècle. Si rien ne change, les maladies infectieuses bactériennes pourraient redevenir en 2050, la 1ere cause de mortalité dans le monde, provoquant 10 millions de morts (5 fois la ville de Paris -100 fois la ville de Poitiers).

Les antibiotiques « de première ligne » peuvent ne plus être efficaces contre les infections provoquées par ces bactéries résistantes qui ont évolué, développant des mécanismes de défense pour échapper à leur action. Ce phénomène touche aussi bien les bactéries « pathogènes » à l’origine des infections que de l’environnement. Lorsque la résistance s’est développée chez l’une de ces espèces, elle se transmet, contribuant ainsi à l’ampleur du phénomène. Les antibiotiques ainsi inutiles ne pourront plus nous soigner contre les infections à bactéries résistantes.

Projet de recherche

Le développement d’associations de molécules antibiotiques-inhibiteur de mécanisme de résistance (l’Augmentin® est l’exemple le plus connu, les Ceftolozane/Tazobactam ou Ceftazidime/Avibactam dans le présent projet) font partie de l’arsenal à la disposition des médecins pour prendre en charge les patients infectés par ces bactéries multi-résistantes. Malheureusement, comme ce fut le cas pour de nombreuses molécules anciennes à l’usage stoppé du fait de leur inefficacité, certaines bactéries pathogènes (P. aeruginosa, responsable d’infections associées au soin, et K. pneumoniae, responsable d’infection communautaire) se trouvent très rapidement résistantes à ces nouvelles molécules, mettant en échec le traitement. Compte-tenu de la gravité des infections causées par ces maladies, mortelles en l’absence de traitement, il est crucial de comprendre comment ces bactéries résistent à l’effet de ces antibiotiques, pour en améliorer l’efficacité des molécules existantes ou par le développement de nouveaux antibiotiques ou en les associant avec des antibiotiques déjà existants.

Dans le cadre d’une étude multicentrique interrégionale portant sur plusieurs centaines de patients, notre équipe démontrera l’implication des gènes bactériens responsables de la résistance aux antibiotiques de nouvelle génération en comprenant comment la contrer. Pour cela, nous allons collecter les bactéries identifiées comme résistantes à ces molécules dans les laboratoires participants (Angers, Limoges, Tours, Poitiers), prouver leur résistance par des méthodes de référence (concentrations minimales d’antibiotiques pour inhiber leur croissance), puis analyser leur génome (PCR quantitative et/ou Séquençage de Nouvelle Génération «Haut débit») pour comprendre les mécanismes leur permettant d’échapper à l’action de ces antibiotiques et ainsi améliorer le traitement par ces nouveaux antibiotiques.

Le fonds Aliénor

Par votre soutien, ce projet prévoit d’inclure plusieurs centaines de souches bactériennes d’intérêt clinique dont l’analyse des résultats, coordonnée par une équipe de Poitiers de renommée internationale et labellisée INSERM, sera réalisée dans le cadre de la poursuite d’une thématique initiée par l’obtention de bourses de recherche nationale.

Portrait

Le Dr Maxime Pichon est microbiologiste au laboratoire de bactériologie du CHU de Poitiers.